Spencer Sweeney: "Voilà pourquoi New York me fascine"

Né en 1973, Spencer Sweeney est l'une des personnalités les plus emblématiques du New York créatif. En tant qu'artiste, il défie les catégories, même si sa pratique est principalement orientée vers la peinture, qui rayonne souvent de couleurs et d'évocations pop mystiques. Il est aussi musicien, DJ, et a été propriétaire d'un club mythique de Manhattan (Santos Party House à Chinatown). Au cours des 20 dernières années, il a été le catalyseur et l'activateur de l'une des communautés les plus créatives de New York.

En mars 2018, HdM Gallery Beijing présente «New York by Night», le voyage artistique de Spencer Sweeney à travers les rues de New York de la fin des années 90 jusqu'à aujourd'hui. À l'occasion de cette exposition, Doors a interviewé cet artiste unique et charismatique à Pékin.

Spencer Sweeney, curator de  New York by Night

Spencer Sweeney, curator de New York by Night

Le titre de votre exposition à la galerie HdM à Pékin est « New York by Night ». Vous vivez à New York, comme les artistes – tous vos amis – qui participent à l’exposition. D’où vient votre fascination pour New York ?

Ce qui est stimulant et excitant à New York, c’est la façon dont tant de cultures différentes coexistent en même temps dans une grande proximité. Vivre à New York, c’est avoir la possibilité d’absorber toutes ces communautés à la fois. C’est comme dans le Lower East Side, où je vis quasiment depuis que je suis arrivé à New York : tu marches dans la rue, et tu as Chinatown juste à côté des Latinos, des Afro-Américains… et ils co-habitent tous dans le même espace. Pour moi, c’est très stimulant d’être témoin de tout cela, toutes ces cultures qui vivent les unes à côté des autres.

Voilà pourquoi New York me fascine.

Santos Party House

Santos Party House

Vous êtes un artiste, mais aussi un musicien, et vous avez géré une boîte de nuit (le Santos Party House sur Lafayette Street). Quel est le lien entre ces différentes activités ?

Peut-être que la chose la plus remarquable au sujet de la communauté artistique de New York est son sens de la communauté et sa structure. Pour moi, gérer un nightclub était une façon de créer un environnement où la communauté créative new-yorkaise pouvait coexister, échanger et créer. C’était comme si j’avais construit une pièce pour que cela puisse se produire et pour y expérimenter différentes choses afin que quelque chose d’intéressant et de coloré naisse.

Faire en sorte que cela puisse exister était aussi une forme de préservation culturelle. Il se passe des trucs tellement incroyables dans l’art et dans la musique à New York, et tu les vois glisser à cause de la commercialisation croissante de la ville. C’était l’idée du club : un combat pour préserver ces idées et ces activités.

Intuitivement, la musique a toujours fait partie de ma vie depuis que je suis enfant. J’ai joué dans des groupes, collaboré avec des musiciens. Et cela s’est toujours fait en parallèle de ma pratique dans les arts visuels. Je ne peux pas séparer les deux.

Une chose nourrit l’autre : les conversations sur la musique ont catalysé beaucoup de mes relations avec des artistes à New York.

Tous les artistes participant à « New York by Night » sont tes amis, et l’exposition semble être un reflet de ta vie personnelle, ta propre culture et ta propre communauté.

Oui, ce sont tous mes amis, des gens qui me sont très proches. Certains depuis plus longtemps que d’autres. J’ai pensé cette exposition comme une chronique de mon expérience personnelle depuis mon arrivée à New York jusqu’à aujourd’hui. Il y a une composante autobiographique très forte, c’est comme un journal intime. J’ai cru que, peut-être, de cette manière-là, on pourrait créer une certaine représentation de ce qu’est la scène artistique à New York et la donner à voir dans un lieu comme Pékin. Parce que les gens sont curieux par rapport à cette scène.

Pourquoi spécifiquement montrer cette scène à Pékin, à la galerie HdM ?

C’est Hadrien de Montferrand (fondateur de la galerie HdM) qui est venu me voir. Il était en contact avec quelqu’un avec qui j’ai collaboré à Paris et il voulait monter une exposition d’artistes new-yorkais. Il en a parlé à son ami, il est venu à New York où on s’est rencontrés. Là, il m’a demandé d’être commissaire d’une exposition d’artistes new-yorkais à Pékin. J’ai pensé que ce serait une expérience culturelle intéressante. Plusieurs idées ont jailli, et au final mon approche a été plus expansive que réductrice, disons ! Le projet a grossi et grossi, on a fini avec 17 artistes alors qu’on était partis de 4 !

Votre ambition est de présenter cette scène new-yorkaise au public chinois. Est-ce que vous souhaitez lui communiquer un message particulier ?

Non, il n’y a pas vraiment de message dans cette exposition... Les gens vont peut-être en sortir avec une idée de la sensation qui l’a modelée… En fait, c’est juste une tentative de représentation de la communauté artistique new-yorkaise à travers ma propre expérience. Bien sûr, c’est très limité parce que c’est juste une expérience individuelle. Mais ça m’a semblé être un bon point de départ pour essayer de donner un aperçu de ce qui se passe à New York.

Sur le web chinois, on parle beaucoup de votre collaboration avec Dior. Vous avez dessiné quatre sacs pour la marque. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Dior m’a approché pour collaborer sur un design avec eux. J’ai aimé l’idée d’appliquer mon travail à d’autres supports, conjuguer plusieurs processus, évaluer le résultat et le retravailler. C’était vraiment intéressant !

Il y a beaucoup de peine et inévitablement de souffrance dans le processus de création.

Vos portraits sont joyeux et colorés, et en même temps il s’en dégage un sentiment de souffrance.

Je crois que c’est très commun à différents types d’expressions artistiques – même quand tu écris de la comédie, et que c’est sensé faire rire les gens, leur communiquer des idées de façon joyeuse et humoristique. Il y a beaucoup de peine et inévitablement de souffrance dans le processus de création. Et qu’au final tu aies peint un tableau léger et drôle, ou quelque chose de plus sombre, de toute façon sa création a supposé une certaine dose de souffrance.

 

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