I COULD NEVER BE A DANCER : "Notre rapport à la danse n'est pas évident"

Chorégraphes, réalisateurs et directeurs artistiques, le duo I COULD NEVER BE A DANCER - Carine Charaire et Olivier Casamayou, passés entre autres chez les chorégraphes Jérôme Bel, Blanca Li et Marco Berrettini - collaborent avec des marques de mode (Kenzo, Chanel, Lacoste, Hermès…), des institutions culturelles (Comédie-Française, Gaîté Lyrique, Festival de Mode et de Photographie d'Hyères-Villa Noailles) et des artistes (Valérie Belin, Keren Ann) pour qui ils créent des vidéos et chorégraphies pop et ludiques.

I COULD NEVER BE A DANCER était l'un des artistes invités pour les premières Rencontres franco-chinoises de la mode au printemps 2018, autour d'une performance et de deux installations vidéo mettant en scène leur travail à Pékin et à Shanghai.

 

Pourquoi avoir choisi le nom I COULD NEVER BE A DANCER ? Quel est votre rapport à la danse ?

Olivier Casamayou : Notre rapport à la danse n'est pas évident, on a tous les deux des parcours un peu chaotiques et contrariés.

Carine Charaire : J’ai eu un parcours classique, c’est-à-dire 20 ans de ballet. Dans le ballet, on est censé se mettre en compétition et face à ce doute : est-ce que je suis un danseur ? Qu’est-ce que signifie être un danseur ? J’ai appris et j’ai désappris, par la suite j’ai fini par construire une autre image de la danse et d’autres modèles.

Olivier : Je me suis mis à la danse très très tard, même si je me suis toujours senti danseur et j’ai toujours dansé. J’ai pris mon premier cours de danse à 18 ans, c’est super tard. En plus, j’ai eu des petits ennuis de santé. Tout ça a fait que ce rêve d’être danseur, je n’ai pas pu le réaliser plus tôt, mais ça m’a donné une autre approche de la danse qui fait que je me suis mis très vite à la chorégraphie.

Derrière le nom I COULD NEVER BE A DANCER, il y a un peu d’ironie. Quand on dit aux gens que nous sommes danseurs et chorégraphes, tout de suite ils se sentent obligés de dire : « Je suis un très mauvais danseur ». C’est une phrase un peu cliché qu’on entend souvent. Alors que pour d’autres formes d’art, si vous dites que vous êtes réalisateur ou acteur, les gens ne vont pas vous dire qu’ils jouent très mal ou qu’ils ne savent pas tenir une caméra. Il y a un rapport au corps qui semble très essentiel, donc quand nous disons que nous avons cette maîtrise du corps, ça les renvoie directement à eux et à se dire qu’ils n’ont aucune maîtrise du corps. Il y a cette essentialité assez intéressante. C’est un peu tout ça ce nom.

Vous travaillez en chorégraphie, mais aussi en réalisation de vidéos, installations, etc. Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?

Olivier et Carine : Ce qui nous passionne, c’est justement de passer de l’un à l’autre. Le nerf de notre manière de travailler réside justement dans cette diversité et la capacité de se projeter dans des rôles divers. On travaille sur des projets tellement différents. On vient pour Hermès de créer des vitrines où il n’y a aucun mouvement. On gère parfois des projets de A à Z, si c’est de la réalisation ou la direction artistique d’un projet live. C’est très protéiforme et on adore ça !

Quelles sont vos inspirations ?

Olivier : Il y en a tellement ! Et pas seulement de la danse évidemment. Ma première grande inspiration, c’est Pina Bausch. Ça a été un moment fondateur, la raison pour laquelle j’ai commencé à danser.

Carine : Pour moi, c’est un mixte d’influences classiques et de choses conceptuelles et contemporaines du performing art des années 60 et de son renouveau dans les années 90 avec Jérome Bel et tout un mouvement dont on est très proches.

Olivier : On a aussi des influences pop très fortes. On baigne dans la pop culture et ça nous intéresse toujours beaucoup.

Comment avez-vous imaginé votre exposition et la performance de danse montrées dans le cadre des Rencontres franco-chinoises de la mode ? Qu’avez-vous souhaité communiquer au public chinois ? 

Carine : On voulait d’abord à travers cette installation, qui est pour nous très signifiante, nous projeter dans ce contexte de rencontres, et donc créer cette structure en bambou qui est pour nous une évocation de l’Asie à la fois dans son graphisme et dans sa tradition. On a essayé d’interpréter comme support notre installation, puisque nous aimons bien créer à chaque fois dans un contexte précis.

Lire les réponses de I COULD NEVER BE A DANCER au Questionnaire de Proust

En savoir plus sur les Rencontres franco-chinoises de la mode