10 photographes chinois à découvrir d'urgence

La Chine a connu au cours des deux dernières décennies une croissance économique sans précédent et de profonds changements sociaux. En parallèle de ces mutations, la photographie a explosé.

L’individu et la ville sont au centre de l’attention des photographes chinois. En même temps, d’autres formes artistiques, comme la peinture, l’installation, la vidéo sont venues enrichir le médium photographique, offrant de nouvelles possibilités d’expérimentation et d’expression.

Dans cet article, Doors partage le travail de 10 photographes chinois contemporains, nominés pour l'édition 2017 du prix découverte du Jimei x Arles International Photography Festival. Agés de 25 à 45 ans, vivant dans leur pays ou à l’étranger, la diversité des regards de ces dix artistes donne un aperçu de la foisonnante scène photographique chinoise en même temps que des sujets qui traversent cette société en constante évolution : le statut des femmes face au mariage, les minorités ethniques, l’émigration, le consumérisme, la pollution et l’environnement, l’absurdité de la vie moderne, les technologies liées à l’image…

Deng Yun

Deng Yun (né en 1983) vit au Japon depuis 2003. Après l'université, il se met à la photographie et à l’écriture. Ses œuvres, généralement publiées sur WeChat et les réseaux sociaux, s'attachent à décrire des micro-scènes du quotidien, avec sensualité. Sa méthode créative est très libre, pleine d’émotion, et il se plaît à explorer les liens entre différentes formes artistiques, comme la photographie, la poésie et la musique.

www.dustyun.com

Feng Li

Né à Chengdu (Sichuan) en 1971, diplômé de médecine chinoise, Feng Li pratique la photographie à la fois en tant que fonctionnaire du département de propagande de la province du Sichuan, et en tant qu'artiste. A l'opposé de l'imagerie officielle qu'il produit dans le cadre de ses fonctions, son travail personnel se nourrit de la réalité et des rencontres fortuites que lui offrent les rues de Chengdu et ses pérégrinations quotidiennes dans la société chinoise contemporaine. Depuis 2005, le photographe nourrit rigoureusement une série unique, répondant à quelques contraintes formelles simples (format vertical, utilisation du flash) : White Night. Feng Li est le lauréat du prix découverte du Jimei x Arles International Photo Festival.

www.instagram.com/fenglee313

Lire notre interview de Feng Li

Guo Yingguang

Née en 1983 et formée au Royaume-Uni (London College of Communication University of the Arts), Guo Yingguang a débuté sa carrière de photographe dans la presse (Reuters, China Daily…). Son travail artistique reste très ancré dans la réalité sociale de la Chine contemporaine. Femmes « laissées pour compte » (terme désignant les célibataires de plus de 30 ans), mariages arrangés, pseudo-intimité des rapports hommes-femmes... Sa série The Bliss of Conformity s'intéresse au phénomène des mariages arrangés dans des parcs publics par des parents de célibataires. Son travail, qui mélange photographie et gravure, est empreint de mélancolie, de délicatesse et d’un certain sens de l’abstraction. Guo Yingguang est la lauréate du Jimei x Arles-Madame Figaro Women Photographers Award en 2017, le premier prix chinois consacré aux photographes femmes.

www.yingguang.win

Jiang Yuxin

Née à Shanghai en 1987, Jiang Yuxin vit actuellement à Londres, où elle a étudié la photographie à l’université de Westminster. Elle se définit à la fois comme artiste et écrivain, et a co-fondé avec d’autres artistes le festival à but non lucratif pic.london. Photographie, vidéo, texte, action et installation : le travail de Jiang Yuxin mêle les formes. Elle part à la recherche du politique dans les détails de la vie quotidienne, traque l’idéologie qui se niche dans les formes visuelles ou linguistiques, en prenant souvent pour point de départ une approche psychologique. Ainsi dans sa série Five Events and Some Observations on Identity (2015-2017), elle questionne son identité de Chinoise immigrée à Londres, et plus largement la question des migrations.

www.yuxinjiang.com

Shao Wenhuan

Né en 1971 à Hotan dans la province du Xinjiang, diplômé de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Dijon et de la China Academy of Art (Hangzhou), où il enseigne aujourd’hui, Shao Wenhuan crée une œuvre très inspirée de la peinture traditionnelle chinoise, utilisant la gélatine comme support photographique. Le travail de Shao Wenhuan a été largement montré en Chine et à l’étranger : Mingyuan Museum (Shanghai), the Folkwang Museum (Essen, Allemagne), Hangzhou Fine Arts Academy Museum (Hangzhou), Beijing Photography Biennial, First Biennial of Contemporary Art en Italie, Wuhan Art Museum, Lucerne Art Museum (Suisse)… Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques et privées, dont la célèbre collection d’art chinois d’Uli Sigg.

Siu Wai Hang

Siu Wai Hang est né en 1986 à Hong Kong d’un père arrivé de Chine en tant que réfugié dans les années 1970. Hong Kong est son sujet de prédilection, et plus spécifiquement son identité par rapport à la Chine. Diplômé en Creative Media de la City University of Hong Kong, Siu Wai Hang imagine d’étonnantes installations photographiques : portraits imprimés sur des collages faits à partir de reçus (série Customers), flipboards automatiques montrant des images prises à distance de camps militaires près de Hong Kong (série The Elusive), spécimens végétaux atteints par la pollution photographiés façon herbier (série The Roadsider), panoramiques de la skyline illuminée de Hong Kong vue de Chine (série Inside Outland), longues pellicules étirées mettant en scène des mouvements de foule (série X). Son exposition au festival Jimei x Arles a été distinguée par une mention spéciale du jury du Prix découverte.

www.siuwaihang.net  

Sun Yanchu

Né en 1978 à Zhoukou (Henan), Sun Yanchu vit et travaille à Zhengzhou. Expérimentateur solitaire, ses photos et vidéos mêlent sa vie personnelle à sa compréhension de la photographie, de la peinture et de l’image. Une partie de son travail est sous le signe de la solitude et de l’intimité, comme dans les séries Obsessed (2004-2011) ou Colour (2006-2016). Tandis que dans Ficciones, il retravaille de vieilles photos dénichées aux puces pour les soumettre à son imagination et à ses propres expérimentations picturales (aquarelle, acrylique, feuille d’or, parfois sauce soja), leur donnant une nouvelle vie. Parmi ses expositions récentes : The Egotist in the darkroom (solo show à Hong Kong Art Basel 2016), Chinese Photography: Twentieth Century and beyond (exposition collective à Three Shadows Photography Art Centre à Pékin, 2015). Obsessed (2011) et Ficciones(2016) ont fait l’objet de publications chez Jiazazhi Press. Sun Yanchu a été récompensé du prix Gucang Dummy Award Martin Parr Edition (2015) à Lianzhou, du New Photography Award au Lianzhou International Photography Festival (2011) et distingué par une mention spéciale du prix MOI à Osaka (2010).

www.sunyanchu.com

the real

Nés après 1990, les trois membres du collectif (Wang Mengfan, Da Zhuang et He Shaotong) the real viennent du monde du spectacle vivant. Ils vivent entre l’Allemagne et la Chine. Ils créent des œuvres photographiques et vidéos dérivées de leur travail scénique (danse et théâtre). Dans la série Dance theatre of real people, ils remodèlent le format de la vidéo de danse, inspirés par la collaboration du danseur américain Merce Cunningham et du photographe Elliot Caplan.

Yu Feifei

Née en 1988 à Canton, Yu Feifei est diplômée de la China Central Academy of Fine Arts (CAFA) et du Royal College of Art (Londres). Elle vit actuellement à Pékin. Influencée par l’anthropologie, elle étudie les normes sociales et culturelles. Du monde matériel au monde virtuel, son travail vise à redéfinir les frontières entre les œuvres en 3D et les images en 2D, la vidéo et l’image fixe. Les œuvres de Yu Feifei ont été exposées en Chine et à l’étranger (Londres, Dubai, Le Caire) et certaines sont entrées dans les collections du Victoria & Albert Museum (Londres).

http://feifeiyu.net/

Yu Mo

Né en 1975 à Pékin, Yu Mo est diplômé de la China Academy of Art (Hangzhou) en sculpture en 2001. Il vit actuellement à Hangzhou où il enseigne dans la même école. Yu Mo pratique quotidiennement la calligraphie et la photographie, dans un acte de répétition du geste et d’accumulation des images. Dans son projet The Story of A Small Town, il documente depuis une dizaine d’années la vie quotidienne dans les petites villes chinoises et les provinces habitées par les minorités ethniques (Yunnan, Xinjiang, Fujian, Guizhou…). La « petite ville » dont il raconte l’histoire est la Chine, pays dont la population rurale devrait atteindre 600 millions d’ici 2050.

 

Note : Les artistes sont classés par ordre alphabétique. Il s’agit des 10 nominés du Prix découverte du Jimei x Arles International Photo Festival, créé en 2015. Chaque année, 10 talents photographiques chinois sont nominés par cinq commissaires. A la clé : 200.000 RMB (25.000 € environ) et une exposition aux Rencontres d’Arles l’année suivante. En 2017, les photographes ont été sélectionnés par les commissaires He Yining, Liu Tian, Nie Xiaoyi, Thomas Sauvin et Tang Zehui.

Plus d’informations : https://www.en.jimeiarles.com/jimei-arles-discovery-award-2017/